UN BÉMOL À LA GUERRE
Paroles : Caroline Harvey / Musique : Scotty Wright
Dans un pays de feu, de sang / Régnait un militaire puissant / Dictateur, ennemi des artistes
Dans ce pays vivait aussi / Un grand pianiste libre d’esprit / Qui suivait son cœur et ses envies
Mais qui connaît le prix des mots / Avant de dire le mot de trop
Un soir pendant un récital / Se tournant vers le général / Il lui dit, faisant taire les bravos
Quand je joue du piano / J’entends les bombes / Les cris des femmes sur les tombes
Ce soir je joue / Ce que pour vous / Je ne peux taire plus longtemps
Une note / Un bémol à la guerre
Ce soir je joue / Ce que pour vous / Je ne peux taire plus longtemps / Je mets un bémol à la guerre
Les soldats sont venus chercher / Son piano pour le confisquer / Châtiment pire que le cachot
Il fait des lettres par centaines / Suppliques restant sans écho / Les tyrans n’ont ni pitié, ni peine
Pour qui ignore le prix des mots / Avant de dire le mot de trop
Mais les paroles prennent leur envol / Autour du monde sur les pianos / Résonne le courage du maestro
Quand je joue du piano / J’entends les bombes / Les cris des enfants sur les tombes
Soudain je touche / Le bien sur Terre / Je mets un bémol à la guerre (bis)
Soudain je touche / Le bien sur Terre / Je mets un bémol à la guerre (bis)
Pendant cinq ans, au tournant des années 2000, au Québec, j’ai été militante à temps plein pour la paix et la justice sociale. J’ai représenté le mouvement Les Artistes pour la Paix au sein d’une mission humanitaire qui s’est rendue en Irak dans le but de constater les dégâts des sanctions économiques et militaires sur la population civile. Nous avons visité des écoles, des dispensaires, et rencontré des ONG, des ministres, des responsables de l’ONU. J’ai personnellement été très touchée par la dure réalité des artistes qui, à cause de l’embargo institué par le programme « Pétrole contre nourriture », n’avaient plus de matériel pour exercer leur art. Tout leur manquait, papier, pinceaux, couleurs, cordes pour leurs instruments. J’ai imaginé cette histoire de pianiste. Pendant mes nombreuses années de tournée de par le monde, j’ai fréquenté un musicien de jazz américain qui avait composé cette musique instrumentale. Comme pour matérialiser la magie de notre rencontre, mon texte et sa musique se sont unis comme s’ils avaient été faits l’un pour l’autre, alors que des années, des pays et des langues les séparaient. Beau mystère …
BALLADE POUR BAD BAGHDAD
Paroles : Caroline Harvey / Musique : Caroline Harvey & Léo Chupin
Bad Baghdad / Bad, bad, bad Baghdad / Une ballade pour toi / Bad Baghdad
Tes tapis volants / Sont cloués au plancher / Schéhérazade ne fait plus que pleurer
Mille et une nuits / De cauchemar
Bad Baghdad / Bad, bad, bad Baghdad / Une ballade pour toi / Bad Baghdad
Ton argent / Ne vaut même plus son papier / Ali Baba se bat
Mais à Babylone / Les jardins sont tombés
Bad Baghdad / Bad, bad, bad Baghdad / Une ballade pour toi / Bad Baghdad
Révise tes histoires / Révise tes prières / Ton pétrole c’est ton pactole / Ton poison aussi
In God We Trust (ad lib)
Notre mission humanitaire est allée à Baghdad et à Bassorah, en passant par l’immense désert irakien. Dans les villes, sur les ronds-points, on voyait des statues représentant des personnages des contes de Mille et une nuits. Quel contraste entre la richesse de ce patrimoine mondial, et la politique de destruction dont nous étions les témoins !
MON CAMARADE
Paroles et musique : Caroline Harvey
Deux ans déjà / Qu’on parle un peu de soi / Beaucoup du monde
De ces petites choses qui comptent pour moi / Et de cafés en promenades / À l’écouter, mon camarade J’ai tout appris de lui / Appris à tout aimer de lui
Rien de lui qui ne m’attire / Son sourire, ses convictions / Qu’il sait défendre avec passion
J’aime ses lèvres et ce qu’elles disent / Sur les miennes brûlent les aveux
Comme je voudrais jouer franc-jeu !
Si j’osais / Tout dire / Si j’osais / M’écouterait-il ?
À chaque fois qu’il me ramène chez moi / Je veux parler / J’aimerais lui donner toutes les clés
Celles de ma chambre, celles de mon coeur / Avouer mon rêve de bonheur
Je crains qu’il ne parte en fumée
Si j’osais / Tout dire / Si j’osais / Répondrait-il ?
De quelle peine dois-je me protéger ? / Quel mal serait le moindre ? / Brisé d’amour ou d’amitié
Entre les deux, mon coeur ballade / J’aime encore mieux la dérobade
Le prix d’un amoureux / Est-il celui d’un camarade ?
Je dis : “Salut, à la prochaine !” / Me ferme sur mon secret / Quoique je dise, je pense :
“Je t’aime, je veux tes lèvres sur les miennes / Tu serais mon rayon de miel.”
Mais sur mes lèvres que je scelle / Mon rayon de miel devient / Gorgée de sel
Le ferait-il fuir pour toujours, mon amour ? / Est-ce que je perdrais pour la vie, mon ami ?
Je veux tes lèvres sur les miennes / Tu serais mon rayon de miel
Mais sur mes lèvres que je scelle / Mon rayon de miel devient / Gorgée de sel
Le ferait-il fuir pour toujours, mon amour ? / Est-ce que je perdrais pour la vie, mon ami ?
Mes années de militance active au sein des mouvements altermondialistes et pour la paix ont été marquées par des rencontres avec de grands citoyens ayant une vaste expérience sociale et politique, et qui m’ont tout enseigné sur l’art de mener des campagnes. Cette chanson dédiée à mon camarade rend hommage à ce grand militant qui a été si important dans ma vie.
JE SAIS QUE JE NE SAIS PLUS
Paroles et musique : Caroline Harvey
J’ai longtemps dit « je sais, je sais » / À propos de tout et de rien / Chaque sujet et son contraire
Je savais tout / Sauf me taire / Mon assurance n’avait d’égale / Que mon ignorance
Désormais je sais / Je sais que tout ce que je sais / C’est que je ne sais plus
Et que même si je ne sais plus / Vivre ne m’a jamais autant plu
Le bonheur est-il notre seul but / L’amour est-il manque ou plénitude
L’Histoire a-t-elle un sens / Faut-il comprendre le mal
Sommes-nous dignes d’être libres / L’action devrait-elle toujours naître de la réflexion
Le salut passe-t-il par la révolte / La nature est-elle une œuvre d’art
Toute vérité est-elle illusoire / Y a-t-il une vie après la mort / Y a-t-il une vie avant la mort …
Plus je prends de l’âge / Moins y’a de superflu / Dans mes bagages
Je n’sais pas toujours où j’en suis / Ni où je suis / Mais je ne suis pas perdue
Je ne m’en fais pas / Je ne m’en fais plus / Je ne m’en fais pas / Je ne m’en fais plus
J’ai longtemps dit « je sais, je sais » / À propos de tout et de rien / Chaque sujet et son contraire
Je savais tout / Sauf me taire / Je donnais des réponses / Avant qu’on pose les questions
Désormais je sais / Je sais que tout ce que je sais / C’est que je ne sais plus
Et que même si je ne sais plus / Vivre ne m’a jamais, jamais autant plu / Autant plu
À la fin des années 1990, à Montréal, j’ai participé aux finales d’un concours de chanson en tant qu’auteure-compositrice interprète. À la dernière minute, j’ai concocté une chanson sur le thème du succès créé par Jean Gabin « Maintenant, je sais ». Ma création n’était pas très aboutie. Je l’ai mise de côté et mon idée est restée en latence, à infuser en secret dans l’inconscient, comme un thé fort et parfumé. À Noël, il y a quelques années, j’ai loué une maison de campagne à Avallon, en Bourgogne, où j’ai fait 14 heures de musique par jour pendant une semaine. Là, j’ai repris ma chanson, paroles et musique. La maturité aidant, je n’avais plus de mal à choisir les mots et les notes pour dire ce que je voulais dire. Le poète Mallarmé disait : « On fait des poèmes non pas avec des idées, mais avec des mots. » Les chansons aussi !
Il était important pour moi d’aller jusqu’au bout de cette idée de ne plus savoir et de trouver la vie plus belle et facile à vivre. J’ai commencé très jeune à gagner ma vie comme musicienne et chanteuse. J’étais chanteuse professionnelle à l’âge où les gens sont au lycée et à la faculté. Je ne suis allée à l’université que bien plus tard, pour apprendre l’espagnol afin de chanter des chansons de la Nova Trova latino-américaine, ces chansons poétiques et politiques si galvanisantes à interpréter. De là, j’ai fait des études en littérature hispanique, puis française, de la philosophie, des sciences politiques, j’étais insatiable ! J’ai fini par obtenir une maîtrise en littérature comparée. Mon mémoire s’est intitulé : « L’évolution de l’idée de nation dans la chanson québécoise, de la Révolution tranquille à la mondialisation néolibérale. » Pendant ces années de grandes ouvertures de mes horizons, en rentrant chez moi, je pleurais de joie d’avoir tant appris, et aussi d’avoir découvert l’immensité de ce que j’ignorais.
EXIT PARASITE
Paroles et musique : Caroline Harvey
T’as beau t’en prendre à moi / Me mettre tout sur le dos / Même m’humilier
Me chercher des défauts / Ramasse tes affaires / Jamais plus / M’entends-tu
Je vais me laisser faire / Me laisser faire
That’s it / Tu t’exit / Je te reprends mon cœur / La place dans mon lit / That’s it / Tu t’exit
Entre nous, c’est fini / Tu t’exit / Parasite / That’s it / Tu t’exit / Tu t’exit / Parasite
T’as beau dire « c’est pas vrai » / Me mettre au défi / C’est catégorique / Je ne fais plus partie
Des statistiques de celles / À qui l’on fait du mal / La violence, c’est final / Oui, c’est final
That’s it / Tu t’exit / Entends-tu le décompte ? / Un volcan vient au monde
Ta caresse d’un côté / De l’autre ton poing fermé / L’amour qui blesse / La limite est franchie
Par ici la sortie / Vite, vite, vite, vite / Exit parasite
That’s it / Tu t’exit / Je te reprends mon cœur / Les clés de mon auto / That’s it / Tu t’exit
Tu t’exit, parasite / Et ce n’est pas trop tôt / That’s it / Tu t’exit / Tu t’exit / Parasite / That’s it !
Pendant des années, j’ai tenu des engagements en tant que chanteuse et pianiste dans une quinzaine de pays, dans des palaces, des salles de chanson, des salons de thé haut de gamme, etc. Seule au piano, il était inévitable que j’attire les regards et suscite l’intérêt de beaucoup de voyageurs de passage … Celui dont je parle dans cette chanson était Canadien anglais, et il savait tout ! Une fois installé avec moi à Montréal, j’ai dû faire venir la police pour m’en débarrasser. J’ai appris, un peu tard et à mes dépends, qu’il vaut mieux un ignorant qui a du cœur …
TA CHANSON PRÉFÉRÉE
Paroles : Caroline Harvey / Musique : Caroline Harvey & Stéphane Aubin
Ta chanson préférée, c’était “Syracuse” / Tu la fredonnais tout le temps / Tu oubliais parfois des mots
T’excusais d’avoir peu de voix / Nous chantions si souvent, toi et moi, “Syracuse”
Elle te faisait voyager / À travers le temps et l’espace / Elle ramenait à la surface
Tous les visages de ton passé / D’avant que ta jeunesse s’use / Et que tes printemps soient fanés
Toute seule au piano / J’ai tiré les rideaux / Ma voix fait ce qu’elle peut / J’accuse un sanglot
Tu es parti / La chanson est finie / Mais je refuse / Qu’elle soit terminée / Ta chanson préférée
Toute seule au piano / Là où nous étions deux / Ma voix fait ce qu’elle peut / J’accuse un sanglot
La chanson tombe à l’eau
Si je pouvais chanter / Encore à tes côtés / Ne serait-ce / Que quelques mesures
Ce serait bien assez / Pour tout recommencer / Mais …
Nous ne chanterons plus ensemble “Syracuse” / Le vent fait claquer ton prénom
J’écouterai Yves Montand / Chanter ta chanson préférée / Pour ne pas t’oublier
J’userai les sillons (bis)
J’aime le jazz à la folie et je suis très friande de la chanson française qui s’inscrit dans cette veine, de Trenet à Maurane, en passant par Vian et Aznavour. Après avoir gagné le Prix de la Presse, le Prix du Public et le Grand Prix d’interprétation dans un prestigieux concours international de chanson, on m’a invitée en France au Festival de la chanson québécoise de St-Malo, où j’ai rencontré quelqu’un qui m’a fait découvrir « Syracuse », cette magnifique chanson écrite par Bernard Dimey et Henri Salvador. J’ai eu l’idée de me servir de cette chanson si inspirante, dont tout le monde connaît au moins le thème principal, pour évoquer le processus de deuil.
L’HISTOIRE DE MOI & DU PRODUCTEUR
Paroles : Caroline Harvey / Musique : Caroline Harvey & Stéphane Aubin
Couloir sombre, imper noir / Chapeau gris et lunettes / Talons hauts, accessoires
Et surtout … la cassette
Porte rouge, lettres noires / Un nom célèbre m’hypnotise / Sa secrétaire montre les dents
Je paralyse / Et j’attends, j’attends / Les poings fermés / Le cœur au fond de l’eau
Soudain la porte s’ouvre / L’homme est là ! / Complet bleu, cigarette / Yeux malins droits sur moi
Je lui donne … la cassette …
« C’est pas ça ! Ça va pas ! / Trop de jazz ! C’est trop sage ! / J’ai pas l’temps, pas d’argent
Tu reviendras demain / Je suis un homme d’affaires, moi / Faut produire des chansons d’amour
Tu n’as qu’à te taire, toi / Mais je sais que tu sais qu’un jour / Tu iras très loin ! »
Je remets imper noir / Chapeau gris et lunettes / D’un sourire accessoire / Je reprends ma cassette
Blessée à vive / Enragée jusqu’aux os
Porte route derrière moi / Le ciel bleu, je m’arrête / Au café près de là / Et je pense à ma cassette
Je rêve … Oui, je rêve …
Un peu plus loin, un peu plus haut / Mon nom dans les journaux / Ma photo sur l’affiche
Toujours plus belle, toujours plus riche / Le succès me prend, le public m’attend
On me reconnaît du talent
C’est comme ça que j’aime ça / Les images du jazz / Le pouvoir et l’argent / Je m’en fous royalement
Le business me semble illusoire /Je suis une femme d’espoir, moi / Ma voix me tient par la main
La porte s’ouvrira pour moi / Demain / Ou … la prochaine fois !
Cette chanson a connu plusieurs avatars au fil des années. Elle s’est appelée « Je chanterai », puis « La Porte ». En 2024, un spectacle a été créé et produit sur ma vie et ma musique au Festival d’Avignon, par les Productions Noire Lumière. J’y jouais mon propre rôle devant un comédien qui incarnait un peu tous les producteurs que j’ai pu rencontrer et qui ont inspiré ce texte. La chanson a alors pris sa forme et son titre définitifs.
PARCE QUE C’ÉTAIT TOI
Paroles : Caroline Harvey / Musique : Caroline Harvey et Stéphane Aubin
Tu as cru en moi / J’y ai cru aussi / Alors j’ai osé / Tu m’as soutenue
Tu croyais tellement que j’y arriverais / Que c’était comme si / J’avais réussi avant de commencer
Déjà tu savais que j’étais tout près / Que bientôt j’y serais
Tu as cru en moi / Alors j’ai cherché à me dépasser
Je n’croyais plus possible d’atteindre ma cible / Il fallait être deux
Pour que je me révèle / À toi et à moi-même / Pour que je m’aime mieux
Si j’y suis arrivée / C’est qu’on croyait en moi / Et parce que c’était toi
Ta main / Tes yeux / Tes mots / Tes silences aussi / Tout de toi me dit / Que je compte à tes yeux
Que je peux compter sur nous deux / Si je suis encore là / C’est parce que c’était toi
Le cœur tordu / J’avançais dans le noir / Je n’pensais pas pouvoir / Faire un pas de plus
Car le plus dur à faire est le pas près du but / Sur moi, tu as joué ta mise
Alors j’ai foncé sans me retourner / J’en suis la première étonnée / Tu étais l’émissaire de la destinée
Ta main / Tes yeux / Tes mots / Tes silences aussi / Tout de toi me dit / Que je compte à tes yeux
Que je peux compter sur nous deux / Si je suis encore là / C’est parce que c’était toi
À Montréal, j’ai habité dans le quartier italien, à côté d’une cour d’école d’où j’entendais tous les cris joyeux des enfants. J’en ai fait une chanson intitulée tout simplement « Les Enfants », sur une musique qui a beaucoup plu à Léo Chupin, bien des années plus tard, lorsque nous nous sommes rencontrés dans un studio d’enregistrement, en France. Nous avons commencé à travailler ensemble et un jour, comme un flash de l’inconscient, m’est venu, déjà tout constitué, ce texte. Je n’ai eu qu’à le mettre sur papier. Quelle n’a pas été ma surprise de constater qu’il fonctionnait parfaitement sur la musique qui plaisait à Léo ! J’ai changé du tout au tout mon texte, et voilà ce que ça a donné : Parce que c’était toi, une chanson pour remercier Léo.
SILENCE DE BLUES
La nostalgie, c’est le désir d’on ne sait quoi – Antoine de Saint-Exupéry, Terre des Hommes
Paroles : Caroline Harvey / Musique : Caroline Harvey et Yves Bouchard
Quand le tonnerre tonne dans mon cœur / J’ai le désir de je n’sais quoi
Je pleure plus qu’un saule pleureur / Ça reste à l’intérieur
Je meurs d’envie de quitter la parade / Qu’est-ce qui me fait renaître encore ?
Derrière mes efforts de façade / Je cache mon vrai décor
Pas de discours / Quand y’a ma vie qui bouge / C’est pas toujours / Comme un tableau du Louvre
Tous les tambours / Se meurent / Dans mes silences de blues
La nostalgie me donne la chair de blues / J’ai mal mais je n’sais pas pourquoi
Même si j’ai l’âge de mes amis / J’ai l’âme de leurs grand-mères
Pas de discours / Quand y’a ma vie qui bouge / C’est pas toujours / Comme un tableau du Louvre
Tous les tambours / Se meurent / Dans mes silences de blues
Me taire / Parce qu’il y a trop à faire, trop à dire / Parce que partout sur Terre
Y’a ces rivières rouges du sang des opprimés / Où nous mène le flot de notre inhumanité ?
Silence de blues
Pas de discours / Quand y’a ma vie qui bouge / C’est pas toujours / Comme un tableau du Louvre
Tous les tambours / Se meurent / Dans mes silences / Dans mes silences de blues
Terre des Hommes, d’ Antoine de Saint-Exupéry, est un de mes livres préférés. J’aime à me le relire à haute voix une fois par année. J’ai écrit cette chanson avec un ami québécois il y a fort longtemps, puis je l’ai mise de côté. Mais quand j’ai excavé tout mon vieux répertoire pour le faire entendre à Léo Chupin, au début de notre collaboration, il a aimé cette chanson, il a cru en elle et m’a suggéré de la remettre à mon répertoire.
LE SEMEUR DE JAZZ
Paroles & Musique : Caroline Harvey
Le Semeur de jazz / Improvise sa vie / Moi, je suis son rythme / Nos accords plein la peau
Il chante au piano / Tout l’héritage du jazz / Il sème l’art de vivre / Sur un certain tempo
Les yeux de mon âme / Regardent émerveillés / L’histoire du jazz / Défiler dans sa voix
Standard après standard / Un chant plein comme un fruit / Un cri de liberté
Pour un Semeur de jazz / Une femme se meurt d’amour
Quand il chante pour moi / In A Sentimental Mood / Il me fait voir des fleurs / Aux couleurs inouïes
Et aux parfums sonores / Être une femme avec lui / C’est le summum d’une vie
Il est le seul homme à qui / J’ai donné qui je suis
C’est lui qui joue / Oui, mais c’est moi en homme / C’est moi en Noir / En jazz et en anglais
Mon amour, ami / Roi, frère / Gardien, guide / Sorcier de mes sens / Jardinier de mon ventre
Pour un Semeur de jazz / Une femme se meurt d’amour
(Thème et vocalises) Pour un Semeur de jazz / Une femme se meurt d’amour
J’ai chanté au piano du jazz, surtout en français, tous les soirs de ma vie pendant des années, d’un engagement à l’autre de par le monde. À Dubai, j’ai rencontré le jazz personnifié, incarné par un pianiste/chanteur afro-américain, qui vivait le fait d’être un jazzman comme une mission, comme un pasteur propage la bonne nouvelle. Nous avons beaucoup joué ensemble en Asie, surtout à Tokyo, entre autres au célèbre New York Bar où Sofia Coppola a tourné Lost In Translation. Moi, je voulais réaliser mon rêve de toujours et m’installer pour de bon à Paris, où je peux vivre en français. J’ai attendu « Le Semeur de jazz » longtemps … Les accidents de la vie nous ont distancés puis séparés.
COMME UN PHÉNIX
Paroles & Musique : Caroline Harvey
Quand les feuilles tomberont / Sous nos orages de bombes / Quand les branches du monde
Auront fait leur strip-tease / Quand elles seront toutes nues / Comme des vers sans verdure
Quand nous serons des os / Et nos os des poussières / Quand avec la poussière
Nous aurons tué l’eau / Quand un tiers de la vie / Dormira au cimetière
Je chanterai, je chanterai / Coeur à cœur avec la terre / Je chanterai
Quand on se gave de vide avec avidité / Quand les rapaces jouissent / De leur voracité
Le sceptre de l’argent embroche / La chair affamée
Je chanterai, je chanterai / Coeur à cœur avec le monde / Je chanterai
Si un jour mon chant s’éteint / Je veux qu’il renaisse de ses cendres / Comme un phénix
Comme un phénix aux ailes immenses / Et que ma voix devienne un ange
Un ange pour aller voir qui est Dieu / Et lui demander yeux dans les yeux
Lui demander, indignée : « Dieu ! N’es-tu qu’une imposture ? »
J’écris pour que ma voix toujours ouvre ses ailes / Qu’elle ne survole jamais
De forêts de cercueils / Je chante pour que mon cœur / Reste un carat brûlant
Je chanterai, je chanterai / Coeur à cœur avec les oiseaux / Je chanterai / Je chanterai (ad lib)
Une chanson qui parle du monde et de la place que je veux occuper en ce monde. Je l’ai peaufinée et terminée au moment du COVID, pendant le premier confinement. Dans mon appartement parisien au 7e étage donnant au-dessus d’un parc, j’avais la grande chance de vivre comme en plein ciel, la porte-fenêtre ouverte sur mon balcon, parmi les oiseaux, avec beaucoup de lumière. Il n’y avait que moi dans l’immeuble. J’ai fait de la musique et composé dix heures par jour. Le monde était en détresse, mais pour moi … quelle belle période !
TOUT PASSE – Ah ! Que la vie est quotidienne ! – Jules Laforgue
Paroles : Caroline Harvey / Musique : Caroline Harvey et Léo Chupin
Assise sur le bord du lit / Le visage entre les mains / Tu te sens dépassée / Tu ne comprends plus rien
Pendant des années / Tu t’es sacrifiée pour y arriver / Levée tôt, couchée tard
Toujours les mêmes phrases / Chaque jour, chaque semaine / La vie est tellement quotidienne
C’est mille gestes posés / Comme des pierres, avec amour / Sur le fil du collier des jours
Ce soir / Ton collier de fête s’est cassé / Des pans de ta vie sont tombés
Comme autant de perles perdues / Pour des victoires futiles / Tu t’es battue / Dans le noir
Allonge-toi pour mieux pleurer / Laisse-toi embrasser sur le front par des anges
Qui au cœur te murmureront
Tout passe / Les peines, les joies, les jours / Ne sont que des soupirs / Dans l’espace / Tout passe
Même le désespoir infini / Un jour finit / Tout passe / Crois-moi / Je suis passée par là
Crois-moi / Je suis passée par là / Ah ! Que la vie est quotidienne ! (bis)
Assise sur le bord du lit / Le visage entre les mains / Tu te sens dépassée / Tu ne comprends plus rien
Pendant des années / Tu t’es sacrifiée pour y arriver / Levée tôt, couchée tard
Toujours les mêmes phrases / Chaque jour, chaque semaine / La vie est tellement quotidienne
C’est mille petits gestes / Comme pour faire une tresse / Lisser, serrer, recommencer toujours
Tout passe / Les peines, les joies, les jours / Ne sont que des soupirs / Dans l’espace / Tout passe
Même le désespoir infini / Un jour finit / Tout passe / Crois-moi / Je suis passée par là
Crois-moi / Je suis passée par là / Par là
Un matin / La magie revient dans l’air / On a dans le monde / Plus d’amis qu’on en avait hier
Dans son miroir / On voit l’heure d’un nouveau départ / Dans son miroir / On voit tout …
Tout passe / Les peines, les joies, les jours / Ne sont que des soupirs / Dans l’espace / Tout passe
Même le désespoir infini / Un jour finit / Tout passe / Crois-moi / Je suis passée par là
Crois-moi / Je suis passée par là / Par là
Voici une musique composée il y a quelques décennies, à laquelle j’ai toujours crue, sans savoir ce que j’allais en faire. Je n’avais que ce refrain « Tout passe / espace », et la citation du poète. C’est venu comme ça, un jour, sans crier gare. Je ne me souviens même plus ni quand ni comment !
Peu de temps avant l’enregistrement de ce disque, j’ai vu, à la télévision, la comédienne et écrivaine française Isabelle Carré, dans une interview où elle racontait avoir tenté de s’enlever la vie à l’âge de 14 ans. L’intervieweuse lui a demandé : « Que diriez-vous à cette jeune fille que vous étiez et qui va commettre ce geste ? » J’ai été émue jusqu’au cœur d’entendre sa réponse : « Je lui dirais que ça passe … »
JE VOGUE VERS TOUJOURS
Paroles : Caroline Harvey / Musique : Caroline Harvey et Stéphane Aubin
Ça y est / Je m’en vais / C’est aujourd’hui le jour / C’est maintenant l’heure / Ma raison n’cherche pas
À comprendre mon cœur / Je me donne rendez-vous / Je m’en vais et c’est tout
Aussi sûr que l’oiseau part au printemps pour l’île / Aussi sûr que l’on meurt dans des jardins d’argile
Aussi sûr que je suis une femme encore en vie / Je m’en vais, je l’ai dit
Je largue les amarres / Et je largue mes peurs / Je monte le drapeau aux couleurs de mon cœur
Tout ce qui vient d’Hier dérive sans retour / Je vogue vers Toujours
Ça y est / Je m’en vais / C’est aujourd’hui l’urgence / C’est l’heure maintenant
Car c’est moi que j’attends / Je fais acte d’absence / Je suis déjà Demain / Je m’en vais et c’est bien
Aussi sûr qu’un murmure peut devenir musique / Aussi sûr que l’on vit la mesure de nos risques
Aussi sûr que je suis une femme encore debout / Je m’en vais, voilà tout
Je largue les amarres / Et je largue mes peurs / Je monte le drapeau aux couleurs de mon cœur
Tout ce qui vient d’Hier dérive sans retour / Je vogue vers Toujours
Je largue les amarres / Et je largue mes peurs / Je monte le drapeau aux couleurs de mon cœur
Je serai le bateau, l’eau et le capitaine au long cours / Je vogue vers Toujours (bis)
Un texte mystérieux même pour moi encore aujourd’hui ! Une émanation de l’inconscient, sans aucun doute … Il m’arrive parfois d’écrire quelque chose dans mon journal personnel et de m’étonner : « Ah ! Tiens ! C’est ça que j’ai voulu dire dans Je vogue vers Toujours … », alors que la chanson date de la fin des années 1990 – début des années 2000. À cette période, en effet, je composais avec Stéphane Aubin, un brillant pianiste et professeur québécois (département de musique, Université du Québec à Montréal). J’écrivais tous les textes et composais toutes les mélodies. Stéphane posait les accords, nous choisissions, et ensemble, nous avons ainsi créé un répertoire d’une quinzaine de chansons que j’ai chantées partout, au Québec et de par le monde, seule au piano ou avec des orchestres, pendant des années. Nous avions une façon de travailler unique en son genre. Nous écrivions les notes de mes mélodies au-dessus des syllabes dans mes textes ; j’écrivais les accords choisis au-dessus des mots. Ce qui a fait dire à notre mentor, l’auteur-compositeur-interprète québécois Sylvain Lelièvre, que Stéphane était le seul musicien qui lisait des mots, et moi, la seule auteure qui lisait des notes et des accords !

