« NOUVEL APERÇU », piano-voix vol. 1, EP paru en oct. 2021

JE SAIS QUE JE NE SAIS PLUS
Paroles et musique : Caroline Harvey

J’ai longtemps dit « je sais, je sais » / À propos de tout et de rien / Chaque sujet et son contraire
Je savais tout / Sauf me taire / Mon assurance n’avait d’égale / Que mon ignorance

Désormais je sais / Je sais que tout ce que je sais / C’est que je ne sais plus
Et que même si je ne sais plus / Vivre ne m’a jamais autant plu

Le bonheur est-il notre seul but / L’amour est-il manque ou plénitude
L’Histoire a-t-elle un sens / Faut-il comprendre le mal
Sommes-nous dignes d’être libres / L’action devrait-elle toujours naître de la réflexion
Le salut passe-t-il par la révolte / La nature est-elle une œuvre d’art
Toute vérité est-elle illusoire / Y a-t-il une vie après la mort / Y a-t-il une vie avant la mort …

Plus je prends de l’âge / Moins y’a de superflu / Dans mes bagages
Je n’sais pas toujours où j’en suis / Ni où je suis / Mais je ne suis pas perdue
Je ne m’en fais pas / Je ne m’en fais plus / Je ne m’en fais pas / Je ne m’en fais plus

J’ai longtemps dit « je sais, je sais » / À propos de tout et de rien / Chaque sujet et son contraire
Je savais tout / Sauf me taire / Je donnais des réponses / Avant qu’on pose les questions

Désormais je sais / Je sais que tout ce que je sais / C’est que je ne sais plus
Et que même si je ne sais plus / Vivre ne m’a jamais, jamais autant plu / Autant plu

À la fin des années 1990, à Montréal, j’ai participé aux finales d’un concours de chanson en tant qu’auteure-compositrice-interprète (Ma Première Place-des-Arts). À la dernière minute, j’ai concocté quelque chose sur le thème du succès de Jean Gabin « Maintenant je sais ». Ma création n’était pas très aboutie, je l’ai mise de côté et mon idée est restée en latence, à infuser en secret dans l’inconscient, comme un thé fort et parfumé.

À Noël, il y a quelques années, j’ai loué une maison de campagne à Avallon, en Bourgogne, où j’ai fait 14 heures de musique par jour pendant une semaine. Là, j’ai repris ma chanson, paroles et musique. La maturité aidant, je n’avais plus de mal à choisir les mots et les notes pour dire ce que je voulais dire.

Le poète Mallarmé disait : « On fait des poèmes non pas avec des idées, mais avec des mots. » Les chansons aussi !

UN BÉMOL À LA GUERRE
Paroles : Caroline Harvey / Musique : Scotty Wright

Dans un pays de feu, de sang / Régnait un militaire puissant / Dictateur, ennemi des artistes
Dans ce pays vivait aussi / Un grand pianiste libre d’esprit / Qui suivait son cœur et ses envies
Mais qui connaît le prix des mots / Avant de dire le mot de trop
Un soir pendant un récital / Se tournant vers le général / Il lui dit, faisant taire les bravos

Quand je joue du piano / J’entends les bombes / Les cris des femmes sur les tombes
Ce soir je joue / Ce que pour vous / Je ne peux taire plus longtemps
Une note / Un bémol à la guerre
Ce soir je joue / Ce que pour vous / Je ne peux taire plus longtemps / Je mets un bémol à la guerre

Les soldats sont venus chercher / Son piano pour le confisquer / Châtiment pire que le cachot
Il fait des lettres par centaines / Suppliques restant sans écho / Les tyrans n’ont ni pitié, ni peine
Pour qui ignore le prix des mots / Avant de dire le mot de trop
Mais les paroles prennent leur envol / Autour du monde sur les pianos / Résonne le courage du maestro

Quand je joue du piano / J’entends les bombes / Les cris des enfants sur les tombes
Soudain je touche / Le bien sur Terre / Je mets un bémol à la guerre (bis)
Soudain je touche / Le bien sur Terre / Je mets un bémol à la guerre (bis)

Pendant cinq ans, au tournant des années 2000, au Québec, j’ai été militante à temps plein pour la paix et la justice sociale. J’ai représenté le mouvement Les Artistes pour la Paix au sein d’une mission humanitaire qui s’est rendue en Irak dans le but de constater les dégâts des sanctions économiques et militaires sur la population civile. Nous avons visité des écoles, des dispensaires, et rencontré des ONG, des ministres, des responsables de l’ONU.

J’ai personnellement été très touchée par la dure réalité des artistes qui, à cause de l’embargo institué par le programme « Pétrole contre nourriture », n’avaient plus de matériel pour exercer leur art. Tout leur manquait, papier, pinceaux, couleurs, cordes pour leurs instruments. J’ai imaginé l’histoire du pianiste de cette chanson.

Pendant mes nombreuses années de tournée de par le monde, j’ai fréquenté un musicien de jazz américain, qui avait composé cette musique instrumentale. Comme pour matérialiser la magie de notre rencontre, mon texte et sa musique se sont unis comme s’ils avaient été faits l’un pour l’autre, alors que des années, des pays et des langues différentes les séparaient. Beau mystère …

TRAVERSER L’AMERTUME
Paroles : Johanne Alice Côté / Musique : Caroline Harvey et Stéphane Aubin

Traverser l’amertume / Couler les grands bateaux / Qu’on a su se monter / Trop sûr de sa fortune
Traverser l’amertume / A coups d’épées dans l’eau / Déchirer son costume / De Capitaine Bozo
Déposer sur les dunes / Son orgueil éventré / Et cracher sa colère / En recrachant l’écume
Remonter du fond, se mettre à flots

Tendre vers le ciel, les yeux dans l’eau / Sur le dos, nager dans le bonheur
Tendre vers le ciel, les yeux dans l’eau / Nager dans le bonheur / Et voir les étoiles bien avant l’heure

Traverser l’amertume / Résister aux sirènes / Aux appels qui entraînent / Dans des filets de brume
Traverser l’amertume / La tête remplie d’orage / Et au bord du naufrage / Décider qu’on assume
Et les lèvres brûlées / Comme l’esclave en galère / Crier contre le vent / Sans regarder derrière
Remonter du fond, se mettre à flots

Tendre vers le ciel, les yeux dans l’eau / Sur le dos, nager dans le bonheur
Tendre vers le ciel, les yeux dans l’eau / Nager dans le bonheur / Et voir les étoiles bien avant l’heure

J’ai composé cette musique avec Stéphane Aubin, un des meilleurs pianistes et compositeurs du Québec. Nous n’avions pas 30 ans quand nous avons travaillé ensemble. Se furent de belles années de spectacles, mais nous n’avons pas enregistré de disque, de sorte que plusieurs de nos compositions, comme la princesse du conte, sont restées en quelque sorte endormies.

Mais certaines de nos chansons sont demeurées, au cœur de mon répertoire, la chair de ma chair, et je les ai chantées sur toutes les scènes depuis. C’est le cas de Traverser l’amertume, sur laquelle existait au début un tout autre texte de mon cru. Les méandres de la création ont fait qu’après quelques temps, c’est le texte de Johanne Alice Côté, écrivaine/parolière québécoise, qui s’est marié pour de bon avec cette musique.

TOBI
Paroles : Caroline Harvey / Musique : Caroline Harvey et Léo Chupin

Je n’vois pas c’qu’il y aurait de mal à vous parler de mes amants
Je crois qu’c’est tout à fait normal quand on a eu que des tourments
Que je les trouve médiocres ces poussières que j’ai tant aimées
Ceux-là pour qui je serais morte je les ai bel et bien enterrés

Si l’amant le plus efficace n’est pas toujours entre mes draps
C’est qu’il n’est souvent qu’un fantasme même quand il vit tout près de moi
Je suis une banque de caresses, je m’emprunte pour ne pas fermer
Mais je ne suis pas trop en reste : j’ai Tobi pour me consoler

Adieu mes amours de misère, sans rancune : j’ai Tobi !
À tous mes amants d’infortune, je préfère mon Tobi
Ma maison et ma déraison il apaise / Devant Tobi, je suis en pâmoison

Il ne craint pas l’intimité, Tobi ne critique jamais rien
Il n’écoute jamais la télé, ne désapprouve pas mes chemins
Quand je suis triste il m’accompagne, il écoute ce que je n’dis pas
Il est gai comme la Cocagne, gracieux, fidèle, de bon aloi

Adieu mes amours de misère, sans rancune : j’ai Tobi !
À tous mes amants d’infortune, je préfère mon Tobi
Ma maison et ma déraison il apaise / Devant Tobi, je suis en pâmoison

Tobi, pour ne rien vous cacher, a les poils noirs les plus soyeux
Des yeux de lumière mordorés, lorsque j’y plonge je monte aux cieux
Il calme mes déchirements sans garder mon âme en retour
Et puis il ronronne en dormant … c’est mieux qu’un homme qui dort tout court !

Je n’avais pas 20 ans quand j’ai commencé à composer des chansons. Parmi les toutes premières, se trouvait cette histoire de mes rapports compliqués avec les hommes… Avec le temps, la facture de cette chanson de jeunesse ne me convenait plus, et je l’ai mise de côté.

Mais elle est revenue et s’est imposée à moi sous une autre forme, celle de Tobi, que j’ai terminée pendant ce séjour très fructueux à Avallon, presque trente ans après la première version ! Si Léo Chupin, mon nouveau réalisateur, est crédité dans la composition, c’est qu’il m’a suggéré en studio de chanter mon refrain deux fois. J’ai essayé et … c’est resté !